entomophagie

L’innovation dans l’alimentaire révolutionnera nos habitudes

Pour PhenixNova, l’équipe de Khepri, une jeune start-up qui ambitionne d’impacter le monde de l’agro-alimentaire, partage sa vision de l’innovation dans l’alimentation. En particulier, l’entomophagie dont ils ambitionnent de faire un business. Et ils ont des arguments de poids !

entomophagie

Lorsque l’on évoque le futur de ce que peut devenir l’industrie agro-alimentaire sous la pression d’une démographie en augmentation ou les recherches dans le domaine des biotechnologies, le grand public n’y associe que rarement les insectes, présentés comme d’utiles recycleurs ou des nuisibles, selon les cas. Pourtant, plusieurs pistes de  réflexion sont déjà engagées par des acteurs importants au niveau international. La FAO dans son rapport de 2010 Edible forest insects – Human bites back mettait l’accent sur les potentialités des insectes étant donné leurs intéressantes caractéristiques nutritionnelles. 2 milliards et demi d’êtres humains en mangent déjà régulièrement, notamment dans les pays émergents, et constituent une source non négligeable de nutriments. Les articles dans les journaux à ce sujet sont en règle générale lus et commentés car vont à l’encontre de notre culture gastronomique, et ce bien que le français s’enorgueillisse de la production locale de « fruits de mer » et puisse gober, au choix, huitres vivantes, moules, bigorneaux ou encore des escargots et des grenouilles, mets à peine plus appétants que les insectes. Il convient de noter la quantité non négligeable d’articles récemment publiés sur l’entomophagie et les offres à destination des hommes, et l’absence quasi-totale d’articles concernant l’élevage d’insectes à destination de l’alimentation animale, signe que le sensationnalisme n’a pas encore laissé place au rationalisme sur ce sujet très spécifique.

L’insecte, un potentiel inexploité

Les propriétés nutritives ne sont néanmoins pas les seules que l’homme pourrait exploiter. Dioscoride, médecin, botaniste et pharmacologue grec de l’antiquité est l’auteur du célèbre ouvrage Materia medica, qui pendant plus de 1500 ans a été considéré comme une référence médicale. Une part importante de son œuvre est consacrée aux propriétés de différents animaux sur le traitement des maladies et blessures. Nombre des animaux étudiés sont des insectes, et les propriétés décrites sont similaires à celles utilisées dans la médecine chinoise traditionnelle. L’état actuel de la recherche permet d’envisager de nouvelles utilisations pointues des biomatériaux issus d’insectes, mais aussi de la façon dont ils peuvent servir à des fins utiles à l’homme.

C’est l’objet de cette courte présentation que de porter à votre attention ces faits méconnus mais qui ont le potentiel de révolutionner plusieurs industries sur le long terme.

Comment valoriser les propriétés nutritionnelles des insectes ?

Peu d’études ont été réalisées sur les propriétés nutritionnelles des insectes. Une espèce néanmoins fait figure d’exception : le grillon domestique (Acheta domestica). Si cette espèce est étudiée et fait l’objet de nombreux travaux de recherche, c’est principalement car elle est à la fois facile à élever et est présente sur tous les continents. Le grillon domestique est idéal pour commencer un élevage, il demande peu d’entretien, d’espace et de matériel. Son cycle de vie est également très rapide, ce qui permet aux entomoculteurs (ou éleveurs d’insectes) de faire très vite rentrer de l’argent suite à leur investissement. Cette caractéristique est importante à avoir à l’esprit, puisque les entomoculteurs sont dans 99% des cas des fermiers dont le revenu est inférieur à la moyenne.

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Si d’autres insectes sont plus protéinés que le grillon domestique, celui-ci est plus équilibré en nutriments, ce qui est un avantage indéniable pour des consommateurs qui souffrent de malnutrition (et non de sous-nutrition) et dont l’alimentation repose principalement sur des féculents et des légumes. A noter : Ces chiffres concernent le grillon entier, et non uniquement la chair de celui-ci. Il est évident qu’une analyse portant exclusivement sur la partie non carapacée obtiendrait des résultats plus élevés sur le taux de protéines pour 100g et un taux de calcium moins important.

La valorisation d’un tel produit a plusieurs débouchés.

Le premier est celui de l’alimentation humaine, le produit dans ce cas reste entier et n’est pas transformé. C’est le marché de 2,5 milliards d’individus dont il est fait mention dans l’introduction. La transformation de la chair en farine pour servir d’additif protéiné dans les produits type plats préparés n’est pas envisagé à l’heure actuelle, notamment après les divers scandales qui ont secoué les filières agro-alimentaires (vache folle, farines animales et lasagnes de cheval, entre autres) et les ont voué à la vindicte populaire.

Le second, plus prometteur est celui du marché des aliments pour animaux, qui se compose lui-même en 2 catégories :

-       Le marché feed, c’est-à-dire le marché des aliments pour animaux d’élevage

-       Le marché pet food, qui concerne les aliments pour animaux de compagnie

Les acteurs de ces filières commencent doucement à prospecter du côté des insectes car les prix des matières premières pèsent de plus en plus lourds sur les coûts et rognent les marges des éleveurs et des fabricants. Les filières les plus intéressées sont les piscicultures, suinicultures et avicultures. Les insectes ont également la caractéristique d’être un aliment naturellement consommé par ces espèces, ce qui en renforce le côté éthique. Les producteurs d’aliments pour animaux de compagnie sont eux aussi en recherche de nouvelles sources d’approvisionnement. Les cibles principales sont ici principalement les poissons et oiseaux d’ornement.

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Un autre point sur lequel peut s’axer la recherche est la transformation complète du produit. Des saucisses ressemblant à des Knackis, ou du tofu d’insectes peuvent être créés en en extrayant les protéines et en transformant le tout par un procédé de gélification.

Comment valoriser les co-produits d’insectes ?

Souvent ramenés à leur unique dimension nutritionnelle, les insectes disposent toutefois d’un fort potentiel dans des domaines divers et très éloignés de ceux présentés par les médias. Les espèces comme le grillon domestiques sont intéressantes car, en plus de servir dans l’alimentation, il est possible d’extraire de la carapace un biomatériau, la chitine, qui est utilisée dans de multiples industries, dont l’énumération longue et fastidieuse ne vous sera pas épargnée :  traitement des eaux usées, pâtes et papiers, agriculture, bioplastiques, bioplastiques agro-alimentaires, alimentation et nutraceutique, cosmétique, et autres applications plus pointues de l’oligosaccharide de chitosan, le dérivé de la chitine obtenu par désacétylation de cette dernière.

Le potentiel actuel et futur de la chitine et du chitosan (la forme désacétylée de la chitine) extraits de carapaces de crustacées dans les domaines de biomédecine, nutrition et agroalimentaire est vaste et enthousiasmant. Les matériaux sont utilisés dans des applications allant des antibiotiques et fils de suture aux compléments pour régime, aliments, etc. et sont importants dans la recherche grâce à leurs propriétés d’absorption de gras et de réducteur de taux de cholestérol. L’étude Chitin & Chitosan : A Global Strategic Business Report prévoit que le marché global de la chitine atteindra 63 milliards de dollars et celui du chitosan 21 milliards de dollars en l’an 2015. Le rapport précise que le chitosan est plus utile pour des utilisations biomédicales et la déshydratation de solutions aqueuses que la chitine, puisqu’il possède à la fois de l’hydroxyle et des groupes aminés, qui peuvent être facilement modifiés. Le biopolymère naturel chitosan est incorporé dans une large variété de produits et se classe parmi les additifs naturels dans les aliments pour leur conservation comme un des plus populaires. Par exemple, ajouter du chitosan dans la dinde ou du bœuf haché réduit significativement la germination et le développement de spores Clostridium Perfringens durant le processus de réfrigération. Le chitosan est également stable à de hautes températures, et à ce titre prévient l’oxydation des produits alimentaires.

Dans un autre domaine, le biopolymère naturel est un excellent capteur de graisse. Pris avant le repas, il peut réduire remarquablement l’absorption de graisses par le corps et est souvent recommandé en complément d’un programme de perte de poids bien équilibré. Le chitosan est également utilisé dans le traitement du syndrome du côlon irritable, grâce à ses propriétés nettoyantes qui facilitent la digestion. En tant que complément de régime, le chitosan facilite la gestion de la tension artérielle. De nombreuses applications de la chitine et du chitosan ont été récemment découvertes ces dernières années, et les acteurs du marché attendent le feu vert de la FDA pour commencer à les commercialiser. Si l’autorisation est obtenue, le marché se développerait fortement, en particulier dans les applications ayant trait au domaine de la santé. Le Japon représente un marché très bien identifié pour les produits à base de chitine et chitosan. Les pénuries d’eaux pures au Japon ont provoqué une forte augmentation de la demande de biopolymères.

Les obstacles majeurs impactant le marché du chitosan sont, selon l’étude, les coûts de production élevés, la faible qualité du chitosan sur le marché, la faible production par rapport à la demande, et la pollution générée pendant son processus de production. Le traitement des eaux usées est la principale industrie consommatrice de chitosan. Cependant, les projections indiquent que l’industrie agrochimique enregistrera la plus forte croissance de consommation de chitosan entre 2007 et 2015. Sur la période d’analyse du rapport, la consommation de chitosan par les industries agrochimiques a augmenté de 12%. La chitine extraite d’insectes peut donc tout à fait répondre aux besoins du marché, puisque son extraction devrait à priori être moins couteuse que celle des carapaces de crevettes, et devrait également permettre d’accroitre la qualité et l’approvisionnement des industriels qui sont à la recherche de nouvelles sources.

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Pour conclure

Nous n’avons ici fait qu’effleurer la surface des potentialités qu’offrent les insectes. Pour aller plus loin, nous aurions pu aborder le cas de la mouche soldat noire (Hermetia illucens), qui en plus d’être un excellent bioconvertisseur de déchets organiques, possède la particularité d’être très grasse à l’état larvaire, ce qui permet d’en extraire de l’huile pouvant in fine servir de biocarburant. Les recherches scientifiques sur le sujet sont elles aussi loin d’être suffisantes, étant donné que l’exploitation de cette ressource est encore confidentielle.

L’approche humaine et la dimension sociale que souhaite développer Khepri, par l’installation de fermes d’élevage avec Handicap International directement au cœur des populations qui en consomment régulièrement et qui peuvent multiplier leur revenu par 2 grâce aux insectes, nécessitent un travail de longue haleine. Si vous souhaitez nous poser des questions pour approfondir vos connaissances entomologiques ou connaître plus en détail les débouchés que nous avons évoqués, merci de nous contacter ou de poser vos questions en commentaires. Dans le but de financer des cages d’élevage à des personnes handicapées au Laos, Khepri a lancé une campagne de crowdfunding – http://www.indiegogo.com/projects/the-cricket-village/x/5229284. Les dons débutent à partir de 1$, et ce sont les petits ruisseaux qui forment les grandes rivières. Tout partage sur les réseaux sociaux sera grandement apprécié !

Valeur précise d'une startup

Snapchat à 3 Milliards, PrimeSense à 360 millions, le monde tourne-t-il rond ?

Ces dernières semaines, les noms de deux entreprises innovantes étaient sur toutes les lèvres : PrimeSense et Snapchat. La première est spécialisée dans la reconnaissance de gestes et la vision par ordinateur, et est connue notamment pour la Kinect utilisée par Microsoft Xbox. Snapchat est une application de partage de photos via mobile. L’originalité de snapchat consiste à associer un délai de visualisation de quelques secondes. On envoie une photo pour la montrer mais sans qu’elle ne soit enregistrée ou consultée ultérieurement.

Primesense_Snapchat

Si le rachat de PrimeSense par Apple pour 360 millions de dollars a donné lieu à quelques articles et réactions diverses, c’est surtout l’offre à 3 milliards pour le rachat de Snapchat par Facebook qui a fait le buzz. Et pour cause, Snapchat ne génère quasiment pas de revenus et apparait comme techniquement accessible à n’importe quel développeur, sans aucune technologie révolutionnaire.

Avant de creuser un peu plus ces deux cas, et de tenter de retracer les raisons qui ont donné lieu à ces estimations de valeur, il convient de faire un profil rapides des deux entreprises.

 
PrimeSense
Snapchat
Fondation20052011
Employés15030
Chiffre d'affaires annuel> 200 M$< 100 K$
Offre de rachat365 M$> 3 B$

Sur le papier, il n’y a pas snapshot (hihi). D’un côté, une technologie avec des barrières à l’entrée et un marché en croissance constante qui a prouvé qu’il était prêt à payer. De l’autre, une très jeune startup qui ne génère pas de revenus et qui techniquement n’a pas de réelle avance ou de barrières à l’entrée. Cependant, dans les deux cas, on imagine difficilement Apple acquérir PrimeSense ou Facebook acquérir Snapchat en vue de revendre et en tirer une plus value lors d’un “exit” éventuel. Ce ne sont pas des investissements financiers mais des investissements stratégiques. Et c’est pour ce type d’investissements que la valeur est la plus imprévisible car fortement lié à l’acquéreur.

 

B2C VS B2B

Dans le cadre d’Apple, on peut imaginer que l’acquisition de PrimeSense ouvre tout de suite de nouveaux marchés et offre un avantage concurrentiels sur les marchés déjà adressés. La valeur de PrimeSense recouvre donc beaucoup plus de valeur pour une entreprise comme Apple que pour un investisseur qui envisagerait une sortie purement liée au revenus intrinsèques de PrimeSense. La valeur créée par PrimeSense étant bien plus importante si la technologie de ses capteurs est déployée dans des smartphones et autres produits Apple. Les clients de PrimeSense étant d’autres entreprises, bien plus grosses, la plus grande part de la valeur créée est capturée par le dernier maillon de la chaine.

Dans le cas de Snapchat, le lien est direct avec l’utilisateur final. On peut imaginer que toute la valeur créée soit capturée sans intermédiaires. En dehors de ces cas particuliers, les records de valorisations sont plus souvent signés par des entreprises B2C que B2B.

Acquisition agressive VS acquisition défensive

Bien que la valeur de PrimeSense soit plus importante en étant intégrée au sein d’Apple, la meilleure alternative pour apple est simplement de fournir un effort de Recherche et Développement lui permettant d’obtenir un résultat comparable à celui de PrimeSense. Le risque encouru par une non-acquisition n’est pas démesurément important étant donné que PrimeSense ne menace pas Apple sur ses marchés actuels. C’est une arme en plus pour Apple contre ses concurrents. Loin d’être le first-mover sur les technologies de reconnaissance de gestes, cette acquisition leur permet d’être plus agressifs envers leur concurrents (Microsoft et Google) en ayant acquis la référence mondiale en la matière.

Valeur précise d'une startup

Parallèlement, Snapchat s’adresse aux mêmes utilisateurs que Facebook. En offrant un moyen de communication social, mobile et éphémère. Snapchat crée une nouvelle façon de communiquer qui, potentiellement, pourrait vampiriser les utilisateurs de Facebook.

Les photos sont le carburant du social networking, Mark Zuckerberg l’a compris bien avant Facebook en créant son site de notation de photos de camarades d’université. Plus récemment, le rachat d’Instagram par Facebook à 1 milliard de dollars prouve encore cette volonté d’éviter de voir grossir des concurrents centrés sur le partage de photos. Hors, une photo partagée via Snapchat c’est  une photo de moins partagée via Facebook. Aujourd’hui, bien que snapchat soit encore à ses balbutiements, chaque jour, il y a autant de photos partagées sur snapchat que sur Facebook (400 millions de photos par jour). On peut aisément imaginer la menace que cela représente pour Facebook. C’est donc une question de survie et de transition à une forme de réseaux sociaux plus innovants.